Wednesday, October 04, 2006

GUERNICA (1er mai - 4 juin 1937)



Photographies de presse de la ville de Guernica après le bombardement aérien, 1937



Dora MAAR, Photographie de Guernica (cinquième état), 27 mai 1937

La guerre d’Espagne est la bataille de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d’artiste n’a été qu’une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l’art. Dans le panneau auquel je travaille et que j’appellerai Guernica et dans toutes mes oeuvres récentes, j’exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan de douleur et de mort.

Pablo PICASSO, 1937

Pablo PICASSO, Guernica, Paris, 1er mai - 4 juin 1937, 351 X 782, Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia


(...) la vérité négative qu'a contenu l'art moderne a toujours été une négation justifiée de la société qui l'entourait. En 1937 à Paris, quand l'ambassadeur nazi Otto Abetz demandait à Picasso devant son tableau Guernica : « C'est vous qui avez fait cela ? », Picasso répondait bien justement : « Non. C'est vous. »

Guy DEBORD, « Les situationnistes et les nouvelles formes d'action dans la politique ou l'art », Destruction of the RSG-6, Odense, juin 1963


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Picasso se trouve devant un problème nouveau qui n'est plus celui de Callot, ni celui de Goya. Il n'y a plus, entre le bien et le mal, cette ligne de barricades où Delacroix se peint l'espingole à la main, aux côtés de la Liberté. Il faut aider les hommes à se sauver de « l'océan de douleur et de mort ».

C'est pourquoi Guernica n'a rien - même indirectement - d'un retour au tableau d'histoire, fût-il inavoué. C'est de la peinture d'histoire, mais au sens du XXe siècle où l'histoire n'est plus sa représentation linéaire, l'anecdote spectaculaire, mais un ensemble de processus, de tensions mettant en jeu les peuples. Guernica s'est ainsi trouvé à l'unissonn du siècle des massacres de masse, de la terreur déchaînée, de l'enfermement arbitraire.

Pierre DAIX, La vie de peintre de Pablo Picasso, 1977



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Juan Larrea, qui publia le premier livre sur Guernica en 1947, rappelle que les dirigeants républicains espagnols jugèrent l'oeuvre « antisociale, ridicule, et tout à fait inadéquate à la saine mentalité du prolétariat ». Il fut même question de la retirer du pavillon espagnol (...) elle fut jugée formaliste par les communistes (...) On en retrouve l'écho chez Clement Greenberg, alors marxiste, qui écrivit que « cette immense peinture fait penser à un fronton portant une scène de bataille, qui serait passé sous un rouleau compresseur en mauvais état ».

Pierre DAIX, « Guernica », 1995


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Only one humane, political work of art in the last fifty years hasachieved real fame -- Picasso's Guernica, 1937. It is the last of the line of formal images of battle and suffering that runs from Uccello's Rout of San Romano through Tintoretto to Rubens, and thence to Goya's Third of May and Delacroix's Massacre at Chios. It was inspired by an act of war, the bombing of a Basque town during the Spanish Civil War.The destruction of Guernica was carried out by German aircraft, manned by German pilots, at the request of the Spanish Nationalist commander,General Emilio Mola. Because the Republican government of Spain hadgranted autonomy to the Basques, Guernica was the capital city of an independent republic. Its razing was taken up by the world press, beginning with The Times in London, as the arch-symbol of Fascist barbarity. Thus Picasso's painting shared the exemplary fame of the event, becoming as well known a memorial of catastrophe as Tennyson's Charge of the Light Brigade had been eighty years before.

Guernica is the most powerful invective against violence in modern art, but it was not wholly inspired by the war : its motifs -- the weeping woman, the horse, the bull, had been running through Picasso's work for years before Guernica brought them together. In the painting they become receptacles for extreme sensation - as John Berger has remarked, Picasso could imagine more suffering in a horse's head than Rubens normally put into a whole Crucifixion. The spike tongues, the rolling eyes, the frantic splayed toes and fingers, the necks archedin spasm : these would be unendurable if their tension were not braced against the broken, but visible, order of the painting. It is like a battle-sarcophagus, cracked and riven, but still just recognizable as a messenger from the ancient world - the world of ideal bodies and articulate muscular energy, working in a flat carved stone space. As a propaganda picture, Guernica did not need to be a specific political statement. The mass media supplied the agreement by which it became one, and Picasso knew exactly how and where to insert his painting into that context - through the Spanish pavilion at the Paris World Exhibition, where it was shown in 1937 as a virtually official utterance by the Republican government of Spain. Seen detached from its social context, if such a way of seeing were either possible or desirable (in Picasso's view it would not have been, but there are still formalists who disagree), it is a general meditation on suffering, and its symbols are archaic, not historical : the gored and speared horse, the bull louring over the bereaved, shrieking woman, the paraphernalia of pre-modernist images like the broken sword, the surviving flower, and the dove. Apart form the late Cubist style, the only specifically modern elements in Guernica are the Mithraic eye of the electric light, and the suggestion that the horse's body is made of parallel lines of newsprint, like the newspaper in Picasso's collages a quarter of century before. Otherwise its heroic abstraction and monumentalized pain hardly seem to belong to the time of photography and Heinkel 51s. Yet they do : and Picasso's most effective way of locating them in that time was to paint Guernica entirely in black, white, and grey, so that despite its huge size it retains something of the grainy, ephemeral look one associates with the front page of a newspaper.

Guernica was the last great history-painting. It was also the last modern painting of major importance that took its subject from politics with the intention of changing the way large numbers of people thought and felt about power.


Robert HUGHES, The Shock of the New, Art and the Century of Change, Thames and Hudson 1980 and 1991





http://homepage.mac.com/dmhart/WarArt/StudyGuides/Picasso.html

http://www.slate.com/id/2078242/

http://www.commondreams.org/views03/0209-04.htm


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La victoire de Guernica
I
Beau monde des masures
De la nuit et des champs
II
Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups
III
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple
IV
La mort coeur renversé
V
Ils vous ont fait payer la pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie
VI
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses
VII
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde
VIII
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs
IX
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux Les hommes le défendent comme ils peuvent
X
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang
XI
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile
XII
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché
XIII
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir
XIV
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.


Paul ÉLUARD, Cours naturel, 1938

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lacucaracha.info/scw/diary/1937/april/index.htm.

http://www.marxists.org/francais/poum/index.htm